Ouvrir ses frontières

Nous sommes très honorés de prendre la parole devant vous aujourd’hui pour le lancement de « UdeS Monde » dans le cadre de cette année internationale et interculturelle, sur le thème « Ouvrir ses frontières ». 

Et parce que nos propos se complètent pour converger vers un objectif commun, nous vous proposons une prise de parole double mais enchâssée l’une dans l’autre, à l’image de ces frontières ouvertes que nous souhaitons voir se réaliser au sein de notre université mais aussi de nos communautés

Acte I. Les frontières mises à rude épreuve par les temps qui courent 

Il peut paraitre ironique de choisir pour notre lancement, la thématique de l’ouverture des frontières alors que nous baignons dans un contexte pandémique qui se caractérise justement par la fermeture de nos frontières nationales, régionales, par la fermeture des frontières de nos foyers aux visiteurs et aussi par celle des chambres d’écho des médias sociaux qui enferment les opinions tranchées, chacune dans sa vérité.  

Mais «la notion de frontière (est) tout à la fois clôture et lieu de passage», disaient Françoise Aubès et Florence Olivier.   

Au-delà même de la pandémie, nous vivons des temps compliqués, une « ère de changement », pour reprendre les mots du recteur. Cette ère est marquée par un double mouvement.  

D’un côté, on observe un mouvement de clôture, la tentation du renfermement sur soi. On constate des polarisations sociales croissantes. La récente élection américaine n’en est qu’un symptôme. Il y a aussi la montée des populismes, les discours clivants et haineux sur les réseaux sociaux, les extrémismes violents, les discriminations systémiques. 

Ces phénomènes de polarisation renforcent les frontières, pour ne pas dire les barrières, entre les gens. Ces frontières, parfois physiques mais surtout mentales se resserrent, se rigidifient et nous divisent. Elles érodent les solidarités sociales et nous font perdre notre objectif commun, celui d’habiter ensemble et harmonieusement notre planète.

D’un autre côté, cette ère est aussi marquée par de fortes aspirations sociales, parfois turbulentes, par la volonté d’ouvrir de nouvelles fenêtres sur le monde. Les printemps de toutes sortes. Les marches en faveur du climat. Le mouvement BLM. Ces mouvements transcendent les frontières. Ils nous ramènent à notre humanité commune, à notre besoin de mieux comprendre le monde et d’en parler ensemble. 

L’actualité récente montre que les campus universitaires vivent cette double dynamique. Évidemment, nous ne sommes pas des îlots séparés du reste de la société. Nous en sommes un reflet, déformé certes, mais un reflet quand même. 

Dans nos milieux, ces polarisations s’expriment à divers degrés. Et elles touchent particulièrement les questions relatives aux identités et aux minorités qu’elles soient politiques, racisées, sexuelles, religieuses, etc. Elles s’expriment, lors de travaux d’équipe, de demandes de stages, de nominations au sein des structures ou de propos tenant du « racisme ordinaire », etc. 

Mais nos milieux sont aussi le lieu de ces aspirations sociales, en faveur de moins de discriminations, de plus d’égalités, du renforcement de l’esprit critique et de l’indispensable moteur du progrès social. Le récent débat animé sur la liberté d’expression dans le milieu universitaire en est un exemple éloquent. Qui rappelle que le dialogue ne doit jamais être pris pour acquis et que nous devons réapprendre à nous parler.

Voilà pourquoi il est essentiel de parler de l’international et de l’interculturel et d’en faire non pas une option parmi d’autres mais l’un des moteurs de notre mission universitaire. 

Plus que jamais, le contexte mondial et local actuel nous montre l’importance de l’international, comme moyen à la fois de comprendre la complexité du monde et de partager les savoirs. L’interculturel devient alors dans cette perspective une façon de penser les choses, un outil indispensable et une compétence fondamentale pour relever les défis du monde d’aujourd’hui et de demain, ici et ailleurs. 

Acte II. Ouvrir ses frontières

Dans cette perspective le thème « Ouvrir nos frontières » peut se comprendre de trois façons. 

Premièrement, c’est d’abord, ouvrir nos propres frontières intérieures, en tant qu’individu. 

« Du culturel à l’interculturel, toujours à la rencontre de l’autre, la découverte de soi », slamait David Goudreault dans nos murs il n’y a pas si longtemps.

Partir à la découverte de l’Autre, c’est d’abord partir à la découverte de soi. L’autre a toujours quelque chose à nous apprendre sur nous-mêmes. 

Bien sûr, cela nous rend parfois inconfortable. Bien sûr, cela ébranle nos certitudes. Nous avons tous un peu de difficultés à admettre que nous avons nous-mêmes des biais, des stéréotypes et des préjugés par rapport à l’autre. 

Mais, ici à l’université plus qu’ailleurs, nous n’avons pas le droit de nous en contenter. « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix », déclare l’acte constitutif de l’UNESCO. Nous ne pouvons renoncer à déconstruire nos préjugés. Nous devons travailler sans relâche à créer des fissures dans nos certitudes. « Les fissures, c’est ainsi qu’entre la lumière », disait Leonard Cohen.

Finalement, pour reprendre les termes d’Henri Miller : « Une destination n’est jamais un lieu, mais une façon de voir les choses ». L’international et l’interculturel, c’est donc avant tout le développement personnel d’une façon de voir les choses, d’un état d’esprit, d’un état d’être, d’une compétence humaine aussi. C’est conserver notre esprit ouvert, notre curiosité intellectuelle et notre goût des Autres.

Deuxièmement, ouvrir nos frontières, c’est aussi dans notre communauté, ici au sein de l’Université et avec le milieu qui nous entoure.

UdeS monde, c’est justement cette volonté d’une université décloisonnée qui transcende les frontières physiques, idéologiques et culturelles en créant des ouvertures, des nuances dans les  prises de position, des failles dans les  certitudes et des fêlures dans les fermetures. 

C’est une université où tous les mondes s’entrecroisent, questionnent, échangent et s’enrichissent. Le monde des savoirs théoriques qui dialogue avec celui des savoirs expérientiels, le monde de l’universel qui communique avec celui de l’infinitésimal humain et le monde d’ici qui apprend là-bas ou le monde d’ailleurs qui choisit ici.  

UdeS Monde c’est une démarche englobante, qui invite sa communauté à la rejoindre pour unir tous les efforts sous une même bannière et permettre la prise de parole de toutes et tous, qui favorise dans ses activités, l’échange et la discussion entre  toutes les forces vives de nos sociétés, qui travaille et réfléchit collectivement avec les acteurs de sa communauté à l’intégration et l’épanouissement de celles et ceux qui nous choisissent et qui  s’ouvre sur l’international pour transférer et enrichir nos savoirs universitaires et expérientiels. 

C’est une université ancrée dans son territoire, connectée à sa communauté et ouverte sur tous les mondes.  

Troisièmement, ouvrir nos frontières, enfin, c’est partir à la découverte du monde. 

Le monde à l’autre bout du monde mais aussi le monde ici. L’international, c’est nous, ailleurs. Mais c’est aussi l’ailleurs qui se trouve ici. 

« Il faut voyager pour apprendre », écrivait Mark Twain. Voyager c’est aller à la rencontre de l’Autre, bien sûr, mais aussi à la rencontre de nous-même. Pousser nos limites et ne revenir jamais tout à fait le même. Voyager tue nos préjugés et nous enseigne la tolérance. Les partenaires à l’international ne manquent pas, dans toutes les disciplines. Je fais le rêve qu’un jour, le voyage aussi fasse partie du programme, de tous les programmes. Car il s’agit d’un apprentissage essentiel que celui de sortir de notre zone de confort et de n’avoir d’autre choix que de s’adapter. 

Mais ce voyage, on peut aussi le faire ici, juste à côté de nous. L’UdeS accueille des étudiantes et étudiants de toutes origines. Nous sommes un campus international. La diversité et le monde, c’est aussi ici. 

L’occasion est donc belle de se nourrir de nos différences, de la diversité des points de vue et des origines dans ce que nous sommes et ce que nous faisons chaque jour. Différents mais ensemble. 

Encore faut-il donner la parole à cette différence, lui permettre de s’exprimer, et l’écouter. Dans nos services, dans nos assemblées, dans nos classes et jusque dans nos travaux d’équipe. Cette différence est une richesse. Encore faut-il la valoriser et l’enseigner. 

La capacité au dialogue interculturel, voilà une autre compétence transversale, indispensable dans le monde d’aujourd’hui et de demain, qui doit faire partie de nos programmes. 

Acte III. Passer à l’action

La mission d’une université, c’est la formation et le savoir, bien sûr. Mais c’est aussi l’engagement social, l’inclusion et le rapprochement entre les peuples. D’ici et d’ailleurs. 

Cette bannière « UdeS Monde » doit devenir le sceau qui marque la volonté de notre institution, de nous toutes et tous réunis ici, de porter ce message, dans nos salles de cours, dans nos administrations, dans nos communautés, de l’engagement inaliénable de l’Université de Sherbrooke et de ses membres de valoriser le fait que la diversité est une richesse et que celle-ci passe par plus et mieux d’international et d’interculturel. 

Concrètement, cela signifie une adhésion et une appropriation de notre communauté universitaire, une implication de l’ensemble des acteurs, une multiplicité d’activités sous le chapeau d’UdeS Monde. Nous souhaitons que UdeS Monde devienne le carrefour de l’international et de l’interculturel, un espace de dialogue et d’action, utile et dans lequel nous puissions nous reconnaitre toutes et tous. 

À titre de co-président.e.s, nous sommes extrêmement heureux de nous associer à cette démarche qui illustre une fois de plus le caractère innovant et engagé de notre institution.

C’est avec beaucoup d’honneur et d’enthousiasme que nous acceptons ce rôle de co-président.e.s cette année. Vous pouvez compter sur nous. Nous serons au rendez-vous. Et vous pouvez compter sur nous pour que vous y soyez aussi!

Nous et vous souhaitons une belle année internationale et interculturelle!

Merci 

David et Sondès